Archives pour la catégorie Sciences

Genodics: « Les oiseaux chantent aussi pour les fleurs ! »

Pedro Ferrandiz, chercheur, et Michel Duhamel, responsable du développement, présentent les activités de la société Genodics, fondée en mai 2008, à partir des travaux de Joël Sternheimer. (Interview publiée dans Nexus n°67)

voir l’article introductif à cet interview: Les « good vibrations » des Protéodies

Pourquoi avoir créé Genodics ? 

Pedro Ferrandiz : Avant de fonder Genodics, nous avions un fonctionnement associatif, indépendant et bénévole, avec zéro moyen. La création de la société nous a permis de nous structurer, de réunir un peu de fonds, afin de pouvoir consacrer tout notre temps aux recherches et applications que nous maîtrisons le mieux, notamment la vigne et l’horticulture.

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Les « good vibrations » des Protéodies

Avez-vous déjà entendu parler des protéodies? Il s’agit de séquences sonores conçues pour stimuler ou inhiber la synthèse de protéines et agir notamment sur la croissance des plantes, la résistance aux maladies ou encore la production de lait chez les animaux de ferme. Supercherie? Sorcellerie? Ni l’une, ni l’autre; la société Genodics commercialise depuis 2008 des solutions fondées sur leur utilisation et les résultats obtenus sont spectaculaires.

J’ai consacré un article à ce thème dans le magazine Nexus n°67 en 2010. Dans sa newsletter de décembre 2016,  Genodics écrit:  « Le défi que nous nous étions lancés en 2008, à savoir démontrer la réalité de la Génodique par la réalisation d’applications pratiques sur le terrain, est un défi tenu ! La fidélité des agriculteurs avec qui nous travaillons (depuis au moins 4 ans pour les deux tiers) et
les résultats que nous avons recueillis en sont le témoignage. » Et plus loin : « La recherche expérimentale que nous menons depuis trois ans avec une équipe de l’université de Cergy-Pontoise avance bien : ils devraient pouvoir publier dans une revue scientifique en 2017. »

Je propose ici une version aménagée de mon article de 2010, suivie de l’interview accordée par Pedro Ferrandiz, chercheur, et Michael Duhamel, responsable du développement de Genodics.  Continuer la lecture de Les « good vibrations » des Protéodies

Mario Beauregard : « La psyché est une donnée fondamentale de l’Univers comme la matière et l’énergie »

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Le neuropsychologue québécois Mario Beauregard vient de publier un roman qui mêle science-fiction et spiritualité, « Experientia ». Il m’a accordé en novembre 2013 une interview parue dans le magazine Nexus 90 sur le modèle de « psychélémentarité » qu’il propose et sur la réflexion pour une science post-matérialiste qu’il mène avec ses collègues outre-Atlantique.

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Rendu célèbre par ses expériences avec les sœurs carmélites de Montréal, Mario Beauregard était alors affilié au département de neurologie de l’Université d’Arizona. Il livrait ses dernières réflexions qui conduisaient à la proposition d’un modèle post-matérialiste de la psyché : la psychélémentarité.

Vous avez développé un nouveau modèle appelé Psychélémentarité. De quoi s’agit-il et sur quelles observations repose-t-il ?

Il repose sur l’existence fondamentale et l’action de la psyché, qui inclut les processus mentaux conscients et inconscients, la conscience elle-même, le sens de soi et la dimension spirituelle. C’est la psyché selon l’acception grecque du terme, reprise ensuite par Carl Gustav Jung. Elle représente selon moi un principe fondamental dans l’univers. Il existe une version locale au niveau de l’organisme et une version non-locale qui transcende l’organisme. Dans sa version locale, la psyché, par exemple les émotions, les pensées, les croyances, peuvent agir au niveau du cerveau. De plus en plus d’études d’imagerie cérébrale montrent par exemple que l’on peut affecter le fonctionnement de régions spécifiques du cerveau, mais aussi la structure interne de la matière blanche et de la matière grise. Et étant donné que le cerveau, le système nerveux, est relié aux autres systèmes physiologiques, tout se qui se passe au niveau psychique – au sens psychologique – a une influence au niveau de tous les systèmes physiologiques connectés au système nerveux, comme le système immunitaire et le système endocrinien. Cela est déjà étudié depuis quelques années par une discipline appelée psycho-neuro-immunologie et de nombreuses études montrent que cela agit effectivement. On se rend compte également désormais que la psyché peut interagir au niveau de certains gènes, via l’épigénétique, surtout les gènes reliés au comportement et aux émotions. Ceci a été objectivé par des études où l’on mesure l’expression des gènes dans l’organisme en lien avec des événements émotionnels. Par exemple, une étude a été faite après les événements du 11 septembre 2001 qui a montré une activation des nombreux gènes associés à des hormones reliées au stress par exemple. A l’inverse, avec la méditation ou la relaxation, on peut désactiver ces gènes et activer des gènes reliés à la production d’hormones et de messagers chimique positifs comme la sérotonine.  Continuer la lecture de Mario Beauregard : « La psyché est une donnée fondamentale de l’Univers comme la matière et l’énergie »

Avez-vous (vraiment) l’intention de guérir?

Les relations entre le corps et l’esprit restent largement mystérieuses mais de nombreuses recherches tendent à démontrer que nos états mentaux, et en particulier nos intentions, jouent un rôle de premier plan dans la maladie et la guérison. Sur quoi ces observations reposent-elles et comment mettre en œuvre un tel mécanisme pour notre propre bien-être ?guérison

Dans son livre Les pouvoirs de la conscience (InterEditions 2013), le neuropsychologue québécois Mario Beauregard raconte l’histoire fameuse de « Mr Wright », un patient atteint d’un cancer avancé des ganglions lymphatiques et qui déclinait rapidement dans un hôpital de Californie à la fin des années 1950. Les médecins lui accordaient au mieux deux semaines à vivre. Mais Mr Wright n’était pas prêt à mourir et lorsqu’il apprit que le Dr Philip West testait un nouveau traitement, « révolutionnaire », contre le cancer, il insista pour en bénéficier. A titre compassionnel, le Dr West accepta de lui administrer le produit et, contre toute attente, l’état de Mr Wright s’améliora rapidement. Non seulement il se sentait beaucoup mieux mais ses tumeurs avaient « fondu comme neige au soleil ». Au bout de dix jours de traitement, pratiquement tous les signes cliniques de la maladie avaient disparu. Mais lorsqu’il lut deux mois plus tard dans un article que le médicament – le Krebiozen – n’était pas à la hauteur des espoirs mis en lui, il fit une brutale rechute. Son médecin parvint à le convaincre que c’était une question de dosage et de préparation du produit, et il lui administra alors un placebo qui eut exactement le même effet que les premières injections ! Mais de nouveau quelques mois plus tard, Mr Wright lu le rapport final des autorités de santé qui concluaient à l’inefficacité du médicament. Il décéda deux jours après sa réadmission à l’hôpital. Continuer la lecture de Avez-vous (vraiment) l’intention de guérir?

La mort est-elle une frontière ?

Comment passe-t-on de vie à trépas ? Un seul souffle fait la différence mais que sait-on vraiment de cette transition qui n’est peut-être pas une fin ? L’étude des comas mais aussi les témoignages de ceux qui ont frôlé la mort sont éclairants, et la mort ressemble davantage à un « processus » qu’à un instant.

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Autrefois, le croque-mort s’assurait que la vie avait bien quitté un corps en mordant délibérément l’orteil du présumé défunt afin de constater l’absence de réaction. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les choses n’ont guère changé de nos jours. Certes, la technique et les connaissances ont fait des progrès fantastiques, mais l’incertitude sur ce qu’est la mort et surtout l’instant de la mort reste grande. La mort est l’arrêt irréversible des fonctions critiques de l’organisme : fonctions cardiaque, respiratoire et cérébrale. Mais cet arrêt irréversible dépend lui-même de nos capacités de réanimation, lesquelles progressent constamment. On « ramène » aujourd’hui à la vie des personnes qui seraient mortes il y a encore vingt ou trente ans. Les grands progrès de la réanimation moderne ont été accomplis dans les années 1970 et comme par hasard, on s’est mis aussi à recueillir de plus en plus de témoignages d’Expérience de Mort Imminente (EMI) à cette époque. Ces témoignages continuent d’affluer et ils ont beaucoup de choses à nous apprendre sur la nature de la conscience et peut-être aussi sur la mort, car les témoins d’EMI pensent l’avoir approchée, de très près, au point qu’ils n’en ont plus peur.

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Faire entrer l’observateur conscient dans les équations de la physique quantique

Parmi les chercheurs qui s’intéressent aux liens entre mécanique quantique, conscience et cerveau, Henry Stapp est une figure majeure dont les travaux méritent d’être davantage connus par le public français.

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Physicien de l’université de Berkeley en Californie, Henry Stapp a travaillé en Europe avec des monstres sacrés tels que Wolfgang Pauli ou Werner Heisenberg. La question du lien entre conscience et physique quantique le taraude depuis le lycée, avoue-t-il dans son livre « Mindful Universe » (L’univers conscient), paru en 2007.

Rappelons, en le résumant d’une formule, le « problème difficile » posé par le philosophe australien David Chalmers : « Comment quelque chose d’aussi immatériel que la conscience peut-il émerger de quelque chose d’aussi inconscient que la matière ? » Et notons au passage que cette question pose a priori que la conscience émerge de la matière, ce qui est précisément remis en question par Stapp et d’autres.  Continuer la lecture de Faire entrer l’observateur conscient dans les équations de la physique quantique

Interview de Trinh Xuan Thuan: le réglage fin de l’Univers

J’ai eu le plaisir d’interviewer à plusieurs reprises l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan. L’entretien ci-dessous a été publié dans Le Monde des Religions de janvier-février 2010, dans un dossier « Dieu et la science ».

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Trinh Xuan Thuan : « Le principe anthropique n’est pas un dogme religieux car la science est en perpétuelle évolution »

Trinh Xuan Thuan, astrophysicien, est l’auteur de nombreux ouvrages qui concilient observation et analyse scientifique de l’univers avec une spiritualité vivante et poétique. Il vient de se voir décerner par l’Unesco le prix Kalinga qui récompense des scientifiques de premier plan ayant grandement contribué à l’information scientifique du grand public. Il publie chez Plon/Fayard un « Dictionnaire amoureux du Ciel et des Etoiles ».

Trinh Xuan Thuan est depuis plusieurs années un ardent partisan du « principe anthropique », qui l’amène à concevoir une intention à l’origine de l’apparition de l’univers et de la vie, bien que cette position le place en contradiction avec le bouddhisme, comme il nous l’explique ci-dessous. Le « principe anthropique » a été formulé sous sa forme moderne par le physicien britannique Brandon Carter dans les années 1970. Dans sa version faible, il consiste à constater que les lois physiques sont telles qu’elles permettent à la vie d’apparaître, ce que beaucoup dénoncent comme une tautologie. Continuer la lecture de Interview de Trinh Xuan Thuan: le réglage fin de l’Univers

Danse avec les gènes

J’ai écrit  cet article sur la révolution de l’épigénétique en 2009 et je l’ai mis à jour en 2012. Il reste inédit.  Le sujet est un peu ardu mais passionnant.

Epigenetic

L’ADN est la partition, mais l’épigénétique est le chef d’orchestre. Les modifications épigénétiques régulent l’expression des gènes et sont transmissibles à la descendance, sans affecter la séquence d’ADN. Une révolution en biologie ?

L’épigénétique est-elle la révolution que la biologie attendait ? « C’est un grand mot, je reste très modeste, tempère le Dr Minoo Rassoulzadegan. C’est la nature des scientifiques de rester prudents, malgré les preuves expérimentales que l’on a accumulées depuis notre article publié dans la revue Nature en 2006. » Sa modestie dut-elle en souffrir, Minoo Rassoulzadegan, biologiste Inserm de l’université de Nice Sophia-Antipolis, fait bel et bien partie des scientifiques qui sont à l’origine d’une remise en question radicale de l’un des dogmes les mieux établis de la biologie moderne, celui du « tout génétique ». Tel caractère, telle apparence, ou tel « phénotype » d’un organisme, est le résultat direct de l’expression d’un ou plusieurs gènes, un point c’est tout.  Continuer la lecture de Danse avec les gènes