Le temps existe-t’il ?

Plusieurs grands noms de la physique contemporaine s’interrogent sur la nature du temps, qui serait une sorte d’illusion due à notre immersion dans les trois dimensions d’espace… Extraits de la conclusion de mon livre « La Voyance ».


Le temps existe-t-il ?
Un concept fondateur de l’hindouisme est appelé Mâyâ et désigne l’illusion du monde physique que notre conscience prend pour la réalité. La mâyâ est l’un des trois liens qui doivent être dénoués afin de réaliser le moksha, c’est-à-dire la libération du cycle des réincarnations. Les deux autres sont l’ahamkara, qui désigne l’ego, et le karma, ou « loi des actes ». L’illusion représentée par la mâyâ recouvre non seulement la réalité matérielle mais aussi l’écoulement du temps. Selon cette conception, le passé n’existe plus, le futur n’existe pas encore, l’instant présent est donc la seule et unique réalité. Et ce raisonnement se répète… à chaque instant. Alors même que la source de ces enseignements a près de cinq mille ans et qu’ils ont été relégués aux rangs de croyances et de superstitions par le matérialisme triomphant, la science contemporaine semble en passe de leur donner confirmation, comme si nous vivions la fin d’un cycle. « Et si le temps n’existait pas ? », « Le temps est-il une illusion ? », « Le temps existe-t-il ? » sont en effet les titres que l’on peut lire sur les couvertures des magazines de vulgarisation scientifique depuis quelques années, et même sur celles des livres de physiciens hautement respectables tels qu’Etienne Klein ou Carlo Rovelli. Ces gens ne sont ni des plaisantins, ni les adeptes d’un new-age fumeux, et ils en viennent à de telles propositions parce que les résultats de la physique moderne confirment tous que le temps n’est pas ce que nous croyons qu’il est. 
 

La mesure du changement
Le temps est une convention. Nous ne mesurons pas le temps lui-même mais des changements d’états, des transformations, des cycles comme ceux des saisons, le vieillissement des cellules et des organismes vivants, et nous appelons « temps » ces changements d’états et ces transformations. Dans une conférence récente, Etienne Klein interroge : « L’intervention d’une conscience « intégrante » semblant nécessaire à la conceptualisation d’un cours du temps qui soit continu et homogène, devons-nous en conclure que le cours du temps dépend lui-même de la conscience ? » C’est en effet la question cruciale. De même que la réalité physique est une reconstruction par notre cerveau d’un chaos de vibrations, d’ondes et de particules, notre perception du temps pourrait bien n’être qu’une illusion elle aussi liée à notre immersion dans l’espace… temps. Einstein a unifié l’espace et le temps en montrant que ce dernier est relatif au déplacement d’un observateur, alors que la conception newtonienne du temps était restée immuable pendant deux siècles. Nous avons clairement un temps de retard car notre sens commun en est resté à la conception du temps selon Newton : le monde est muni d’une « horloge maîtresse » et le temps s’écoule invariablement du passé vers le futur à une allure constante ; c’est la fameuse « flèche du temps ». Pourtant, à la fin de sa vie, Einstein écrivait à son ami Michele Basso : « La distinction entre passé, présent et futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle. Le temps n’est pas ce qu’il semble être. Il ne s’écoule pas dans une seule direction, et le passé et le futur sont simultanés. »
 

Coloniser le futur intellectuellement !
Lorsqu’Einstein a démontré que le temps n’était pas absolu mais relatif à l’observation, ce fut une révolution. Peut-on alors imaginer ce qu’il en sera si l’on démontre que le temps est non seulement relatif mais illusoire ? Eh bien c’est une autre révolution et elle a déjà eu lieu ! Etienne Klein explique que deux conceptions du temps s’opposent en physique. D’une part la théorie de l’univers-bloc, qui considère que le futur est déjà réalisé et que le passé existe encore mais que tous deux sont statiques. Cette théorie préserve ce qu’on appelle le déterminisme, c’est-à-dire que le présent est déterminé par les conditions du passé, et le futur par celles du présent. L’autre théorie est le présentéisme, qui considère que le futur n’est pas encore réalisé et que le passé n’existe plus, ce qui laisse une marge de manœuvre concernant le futur, qui est donc indéterminé. Mais Etienne Klein propose de réaliser une synthèse des deux théories, qui amènerait à considérer que le futur est déjà présent mais que nous pourrions agir sur celui-ci « en le colonisant intellectuellement ». Or, cette synthèse a bel et bien été réalisée dans le cadre d’une nouvelle physique, la physique de l’information. 
 

Provoquer les synchronicités dans sa vie
Philippe Guillemant est un physicien et ingénieur de recherche au CNRS qui peaufine depuis quelques années sa « théorie de la double causalité » (La Route du Temps, Ed. Le Temps présent, 2010) à partir d’une réflexion sur le temps. Et que nous dit-il ? Que l’on peut influencer son futur et provoquer des synchronicités dans son existence en agissant sur des mécanismes fondés sur le fait incontournable que le temps n’existe pas ! Rappelons que les synchronicités sont ces petits miracles du quotidien qui relient entre eux deux événements non pas par un lien de causalité mais par un lien de sens. Manifestations évidentes du fait que notre inconscient existe dans un vaste champ d’information, ces incursions ou surgissements de sens sont autant de signes qui éclairent notre chemin. En l’occurrence, tous ceux qui ont vécu des synchronicités ont certainement remarqué qu’elles se produisent en série lorsque nous sommes devant des choix importants pour notre « avenir ». « Pour la physique, le présent n’existe pas ; le passé et le futur forment un seul bloc sans séparation, explique Philippe Guillemant. Pour la conscience, seul le présent existe, le passé et le futur sont tout entier contenus dans le présent. Si l’on médite bien ces deux affirmations, on peut en arriver à la conclusion qu’elles sont équivalentes, leur apparente contradiction n’étant qu’une question de point de vue relatif. »
Que résulte-t-il de cette conception lorsque nos choix sont réellement libres, c’est à dire non déterminés par le passé ? La physique quantique nous explique qu’il est impossible de prédire le résultat d’un phénomène quantique, mais seulement de calculer les probabilités d’observer tel ou tel résultat. Cette incertitude introduit l’indéterminisme qui à son tour rend possible, sinon nécessaire, l’existence du libre arbitre. Selon Philippe Guillemant, cela se généralise à l’échelle macroscopique, car « l’espace-temps vibre simultanément dans toute son étendue passé-futur », et il s’ensuit l’apparition de bifurcations qui créent de multiples scénarios d’évolution de l’univers. Il parle d’un « effet papillon quantique » pour décrire la façon dont tous ces potentiels émergent des micro-vibrations (ou fluctuations quantiques) du vide. Or, si les scénarios du futur existent déjà, à l’état de potentialités, comment agissons-nous sur notre propre futur ? Philippe Guillemant explique que nos intentions créent dans le présent, à l’intérieur du champ des possibles, une « bulle événementielle » assortie d’une certaine probabilité. Sous l’influence de nos intentions, notre futur ainsi construit provoque par rétroaction temporelle des synchronicités dans notre présent ! Encore une fois, cette boucle « rétrocausale » n’est qu’une apparence liée à notre perception du temps. Nos intentions ainsi exprimées par le mental n’ont toutefois de réelle efficacité que si elles sont forgées librement, c’est-à-dire par l’esprit (le Soi plutôt que le moi, dirait Jung), comme à partir d’un surcroît de conscience. Par conséquent, les probabilités de la bulle événementielle augmentent si elles proviennent d’intentions authentiquement libres, se traduisant par des qualités d’amour, de confiance, de détachement… 
 

Mourir à la durée
A la suite de Wolfgang Pauli qui a contribué à l’élaboration du concept de synchronicité avec Jung, d’autres physiciens se sont sérieusement penchés sur la question et ses implications quant à la nature du temps. Le Canadien Francis David Peat est de ceux-là, et voit dans les synchronicités « un pont entre l’esprit et la matière ». Il a en outre attiré l’attention sur leurs ressemblances avec la notion d’épiphanie telle qu’en parlait l’écrivain James Joyce, comme des moments particuliers d’illumination. Peat est également l’auteur d’une biographie d’une autre grande figure de la physique contemporaine, David Bohm, dont il a prolongé l’œuvre. Bohm et le philosophe indien Jiddu Krishnamurti ont d’ailleurs cosigné un livre de dialogues tenus en 1980, intitulé Le Temps Aboli. David Bohm fut l’un des premiers physiciens à proposer que la conscience soit incluse dans les théories de la physique. Krishnamurti expliquait pour sa part que la destruction de la durée permettrait la mutation de la conscience humaine : « Mourez à la durée. Mourez à la conception totale du temps : au passé, au présent et au futur. Mourez aux systèmes, mourez aux symboles, mourez aux mots, car ce sont des facteurs de décomposition psychologique. Ce temps n’a aucune réalité. » Ainsi, l’esprit devient « libre, vif et totalement silencieux. » Paradoxalement, David Bohm a passé la fin de sa vie à tenter de réintroduire le temps en physique non plus comme un simple paramètre, mais « comme une entité dynamique qui produit le mouvement », explique Francis David Peat. 
 

Le temps : un effet de notre ignorance des détails du monde…
Aujourd’hui, le paramètre temps semble superflu en physique. Celui qui est allé le plus loin dans ce domaine est le physicien Carlo Rovelli, coauteur d’une théorie alternative à la théorie des cordes : la gravité quantique à boucles. Selon cette théorie, l’univers est discontinu (ou « discret »), c’est-à-dire qu’il est composé de « grains » d’espace, dont l’évolution est probabiliste, c’est-à-dire qu’elle n’est pas déterminée entièrement par les conditions initiales. L’espace doit donc être décrit plutôt comme « un nuage de probabilités de grains d’espace », explique-t-il, ajoutant : « C’est une conception qui donne un peu le vertige, tant elle est éloignée de notre intuition usuelle, mais c’est pourtant cette vision qui découle des meilleures théories. » Mais surtout, il découle de cette théorie que la variable temps devient inutile à la description de l’espace. L’explication de Rovelli est confondante : « Le temps est un effet de notre ignorance des détails du monde. Si nous connaissions parfaitement tous les détails du monde, nous n’aurions pas la sensation de l’écoulement du temps. J’ai beaucoup travaillé sur cette idée et sur l’idée mathématique qui la soutient ; celle-ci doit montrer comment des phénomènes typiques liés au passage du temps peuvent émerger d’un monde atemporel, lorsque nous en avons une connaissance limitée. » Avec le grand mathématicien Alain Connes, ils ont proposé que le temps soit en fait une propriété qui émerge de la structure fondamentale de l’espace. Ces idées sont tellement iconoclastes, bien que fondées sur des observations, des résultats d’expériences et des mathématiques de pointe, qu’Alain Connes a préféré les faire passer au grand public à travers l’écriture d’un roman : Le Théâtre Quantique. En effet, l’approche qu’il propose avec Carlo Rovelli amène à concevoir un futur qui n’est pas déterminé, mais aussi un passé incertain ! Ainsi, non seulement le temps serait une illusion, mais le passé lui-même ne serait pas figé.

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