Archives par mot-clé : Consciences

Eveil spirituel et spiritualité laïque

Je donne ici les liens vers deux articles à lire sur le site de l’Inrees

  • Article sur l’éveil spirituel, paru dans Inexploré n°37 :

L’Éveil : Graal de la quête spirituelle

L’éveil est l’objet de nombreux fantasmes et idées fausses. Processus graduel ou réalisation soudaine, selon les traditions spirituelles, l’éveil est la prise de conscience de notre vraie nature. Cependant, une chose est d’en prendre conscience, une autre est de la vivre pleinement.

  • Article sur le thème: sortir de la crise du sens, présentation de mon livre L’Ultime Convergence:

La spiritualité pour éviter le chaos

Dans son livre L’Ultime Convergence, Jocelin Morisson tente de donner des bases rationnelles à une spiritualité pour le XXIe siècle, qui doit reposer autant sur la science et la philosophie que sur l’expérience directe, seule façon de donner du sens à notre existence…

L’Ultime Convergence – Quelle spiritualité pour éviter le chaos?

Introduction

Je suis né au milieu des années 1960 et, depuis que j’ai 9 ans, c’est «la crise ». Mes parents étaient nés « pendant la guerre », donc, forcément, tout irait mieux pour nous, ma génération. Et, en effet, jusqu’à 9 ans tout allait bien. Je me disais que la guerre, c’était avant, c’était ailleurs, et puis il y a eu le premier « choc pétrolier » en 1973 et le début de « la crise ». Je ne l’ai pas vraiment ressentie à l’époque, parce que j’ai suivi l’ascension sociale de mes parents, passant de la cité HLM où nous habitions à la zone pavillonnaire en bordure de celle-ci, de sorte que j’ai gardé les mêmes fréquentations et copains. Le premier choc pétrolier désigne l’augmentation massive du prix du pétrole due au fait que les États-Unis avaient passé leur pic de production en 1971, ce qui fut suivi de l’abandon des Accords de Bretton Woods et d’une dévaluation du dollar.

Les pays producteurs de pétrole ont alors surréagi. Tout cela m’était bien égal alors, mais je sais désormais que ce qui s’est joué à ce moment-là conditionne largement la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. C’est à partir de cette époque que se sont mis en place les outils qui ont conduit à la toute-puissance de la finance, dans le cadre d’un système centré sur la valeur du dollar américain et justifiant à ce titre la géopolitique de la « première puissance mondiale ». Résultat, c’est toujours la crise, sauf qu’aujourd’hui la crise est à la fois financière, économique, écologique, sociale, morale, spirituelle, et on peut allonger la liste sans difficulté. Cherchez l’erreur. Le plus beau est que personne n’est responsable de rien. Alors même que tous les voyants sont au rouge écarlate, les politiques qui ont conduit à la situation que nous vivons sont toujours en application, selon l’adage fou qui consiste à prescrire toujours plus de la même chose. Nous verrons que la raison à cette absence de remise en cause est que le dogme ultralibéral a réussi à imposer l’idée qu’« il n’y a pas d’alternative ». Pourtant, les solutions issues du passé semblent parfaitement inopérantes. C’est donc qu’il faut inventer de l’entièrement nouveau.

En réalité, il n’y a qu’une seule crise, c’est celle du sens, et elle est fondamentalement spirituelle. De fait, nous sommes en plein contresens et nous vivons doublement contre-nature : à la fois contre la nature, que nous décimons et pillons allègrement, et contre notre propre nature humaine.

La nature de l’homme est d’être un loup pour l’homme, affirment les cyniques et les ignorants, qui sont souvent les mêmes, autrement dit un animal sauvage. C’est à la fois faux et extrêmement désobligeant pour ce splendide animal qui sait au contraire faire preuve d’une solidarité à toute épreuve. L’homme est un loup pour l’homme seulement et précisément quand il méconnaît sa nature véritable. Car notre nature est d’être des êtres spirituels non pas « jetés » dans le monde mais reliés à tout ce qui existe via les dimensions invisibles du réel, au-delà des sens, et notre tâche est de redécouvrir et de vivre pleinement cette réalité.

Une scène du film The Big Short : Le Casse du siècle illustre merveilleusement le contresens dans lequel nous sommes plongés. Adapté du récit ultraréaliste de Michael Lewis, le film raconte la façon dont quelques individus ont anticipé la « crise des subprimes » de 2007 et ont gagné des fortunes colossales grâce à certains produits dérivés financiers. La scène se déroule à Las Vegas lors d’un forum consacré au marché hypothécaire. Deux jeunes investisseurs ont convaincu un ancien trader de les aider à investir dans les fameux Credit Default Swap (CDS). Les trois se rendent à Las Vegas et comprennent que l’absence totale de régulation du marché des titres adossés à des hypothèques leur donne les coudées franches.
En pariant sur l’effondrement du marché immobilier et en se «couvrant» avec les CDS, ils vont faire une énorme « culbute ». Alors qu’ils réalisent l’ampleur de leur coup en déambulant dans les couloirs du casino de Las Vegas où se tient le forum, les deux jeunes sautent littéralement au plafond, mais leur enthousiasme est immédiatement douché par l’ancien trader qui les accompagne (incarné par Brad Pitt, également coproducteur du film). Celui-ci leur rappelle en effet un petit détail : la réussite de leur plan est synonyme d’un effondrement économique dans lequel de nombreuses personnes vont perdre leur travail, leur maison, leurs biens, et même leur vie. Les deux investisseurs sont refroidis ; c’est qu’ils n’y avaient même pas pensé ! Après tout, ne sont-ils pas dans un casino ? Tout cela n’est-il pas qu’un vaste jeu ? Pris de culpabilité, les deux personnages vont tenter d’alerter leurs proches et même la presse de ce qui se trame, mais rien n’y fera, et ils deviendront en effet immensément riches… alors que des millions de personnes vont devenir immensément pauvres. Car même s’il ne s’agit pas d’un jeu à somme nulle, puisque l’argent peut être créé ex nihilo, il y a bien des transferts qui s’opèrent.

L’acteur Brad Pitt se donne bonne conscience à peu de frais, si l’on peut dire, en coproduisant le film et en s’attribuant ce beau rôle du type retraité de la finance à 50 ans, cynique mais pas trop, et surtout dans cette scène au cours de laquelle il incarne à la fois l’ultralucidité et la morale. Il a compris ce qui allait se passer et reproche aux jeunes « loups » de s’en réjouir. Son personnage pourrait parfaitement dire : « Ce n’est pas nous qui faisons les règles mais tâchons d’en profiter au maximum. »

Sommaire
Introduction………………………………………………………. 11

1e partie
Quand la réalité dépasse l’affliction
Chapitre 1 – Un monde irrationnel……………………. 27
Chapitre 2 – En quête de sens…………………………… 49

2e partie
On n’est jamais si bien asservi que par soi-même
Chapitre 3 – La spiritualité au risque de la folie………………………………………. 67
Chapitre 4 – La spiritualité au-delà des religions……………………… 85

3e partie
Dans quel état j’erre ?
Chapitre 5 – L’énigme de la conscience……………… 101
Chapitre 6 – La fin du modèle matérialiste………… 123

4e partie
Au-delà du réel
Chapitre 7 – Une réalité relativement fuyante…… 143
Chapitre 8 – Sommes-nous prisonniers du temps?…………………………………….. 155
Chapitre 9 – D’autres mondes…………………………… 167

5e partie
Pour sauver le monde : auto- et altero-philie
Chapitre 10 – Réinventer les organisations
et le vivre-ensemble…………………….. 191
Chapitre 11 – La spiritualité en action………………… 219
Chapitre 12 – La prochaine foi…………………………… 241
Conclusion………………………………………………………… 265

 

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En vidéo: Quelle Spiritualité pour éviter le Chaos? 

 

Mario Beauregard : « La psyché est une donnée fondamentale de l’Univers comme la matière et l’énergie »

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Le neuropsychologue québécois Mario Beauregard vient de publier un roman qui mêle science-fiction et spiritualité, « Experientia ». Il m’a accordé en novembre 2013 une interview parue dans le magazine Nexus 90 sur le modèle de « psychélémentarité » qu’il propose et sur la réflexion pour une science post-matérialiste qu’il mène avec ses collègues outre-Atlantique.

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Rendu célèbre par ses expériences avec les sœurs carmélites de Montréal, Mario Beauregard était alors affilié au département de neurologie de l’Université d’Arizona. Il livrait ses dernières réflexions qui conduisaient à la proposition d’un modèle post-matérialiste de la psyché : la psychélémentarité.

Vous avez développé un nouveau modèle appelé Psychélémentarité. De quoi s’agit-il et sur quelles observations repose-t-il ?

Il repose sur l’existence fondamentale et l’action de la psyché, qui inclut les processus mentaux conscients et inconscients, la conscience elle-même, le sens de soi et la dimension spirituelle. C’est la psyché selon l’acception grecque du terme, reprise ensuite par Carl Gustav Jung. Elle représente selon moi un principe fondamental dans l’univers. Il existe une version locale au niveau de l’organisme et une version non-locale qui transcende l’organisme. Dans sa version locale, la psyché, par exemple les émotions, les pensées, les croyances, peuvent agir au niveau du cerveau. De plus en plus d’études d’imagerie cérébrale montrent par exemple que l’on peut affecter le fonctionnement de régions spécifiques du cerveau, mais aussi la structure interne de la matière blanche et de la matière grise. Et étant donné que le cerveau, le système nerveux, est relié aux autres systèmes physiologiques, tout se qui se passe au niveau psychique – au sens psychologique – a une influence au niveau de tous les systèmes physiologiques connectés au système nerveux, comme le système immunitaire et le système endocrinien. Cela est déjà étudié depuis quelques années par une discipline appelée psycho-neuro-immunologie et de nombreuses études montrent que cela agit effectivement. On se rend compte également désormais que la psyché peut interagir au niveau de certains gènes, via l’épigénétique, surtout les gènes reliés au comportement et aux émotions. Ceci a été objectivé par des études où l’on mesure l’expression des gènes dans l’organisme en lien avec des événements émotionnels. Par exemple, une étude a été faite après les événements du 11 septembre 2001 qui a montré une activation des nombreux gènes associés à des hormones reliées au stress par exemple. A l’inverse, avec la méditation ou la relaxation, on peut désactiver ces gènes et activer des gènes reliés à la production d’hormones et de messagers chimique positifs comme la sérotonine.  Continuer la lecture de Mario Beauregard : « La psyché est une donnée fondamentale de l’Univers comme la matière et l’énergie »

Avez-vous (vraiment) l’intention de guérir?

Les relations entre le corps et l’esprit restent largement mystérieuses mais de nombreuses recherches tendent à démontrer que nos états mentaux, et en particulier nos intentions, jouent un rôle de premier plan dans la maladie et la guérison. Sur quoi ces observations reposent-elles et comment mettre en œuvre un tel mécanisme pour notre propre bien-être ?guérison

Dans son livre Les pouvoirs de la conscience (InterEditions 2013), le neuropsychologue québécois Mario Beauregard raconte l’histoire fameuse de « Mr Wright », un patient atteint d’un cancer avancé des ganglions lymphatiques et qui déclinait rapidement dans un hôpital de Californie à la fin des années 1950. Les médecins lui accordaient au mieux deux semaines à vivre. Mais Mr Wright n’était pas prêt à mourir et lorsqu’il apprit que le Dr Philip West testait un nouveau traitement, « révolutionnaire », contre le cancer, il insista pour en bénéficier. A titre compassionnel, le Dr West accepta de lui administrer le produit et, contre toute attente, l’état de Mr Wright s’améliora rapidement. Non seulement il se sentait beaucoup mieux mais ses tumeurs avaient « fondu comme neige au soleil ». Au bout de dix jours de traitement, pratiquement tous les signes cliniques de la maladie avaient disparu. Mais lorsqu’il lut deux mois plus tard dans un article que le médicament – le Krebiozen – n’était pas à la hauteur des espoirs mis en lui, il fit une brutale rechute. Son médecin parvint à le convaincre que c’était une question de dosage et de préparation du produit, et il lui administra alors un placebo qui eut exactement le même effet que les premières injections ! Mais de nouveau quelques mois plus tard, Mr Wright lu le rapport final des autorités de santé qui concluaient à l’inefficacité du médicament. Il décéda deux jours après sa réadmission à l’hôpital. Continuer la lecture de Avez-vous (vraiment) l’intention de guérir?

Faire entrer l’observateur conscient dans les équations de la physique quantique

Parmi les chercheurs qui s’intéressent aux liens entre mécanique quantique, conscience et cerveau, Henry Stapp est une figure majeure dont les travaux méritent d’être davantage connus par le public français.

Stapp

Physicien de l’université de Berkeley en Californie, Henry Stapp a travaillé en Europe avec des monstres sacrés tels que Wolfgang Pauli ou Werner Heisenberg. La question du lien entre conscience et physique quantique le taraude depuis le lycée, avoue-t-il dans son livre « Mindful Universe » (L’univers conscient), paru en 2007.

Rappelons, en le résumant d’une formule, le « problème difficile » posé par le philosophe australien David Chalmers : « Comment quelque chose d’aussi immatériel que la conscience peut-il émerger de quelque chose d’aussi inconscient que la matière ? » Et notons au passage que cette question pose a priori que la conscience émerge de la matière, ce qui est précisément remis en question par Stapp et d’autres.  Continuer la lecture de Faire entrer l’observateur conscient dans les équations de la physique quantique

Marc Luyckx Ghisi: le changement de paradigme

Entretien réalisé à Toulouse en mai 2014

Marc Luyckx Ghisi : « La difficulté principale est de changer le disque dur de chacun »

MLG

Marc Luyckx Ghisi se plaît à raconter qu’il a eu trois vies. D’abord prêtre catholique et docteur en théologie russe, puis membre de la cellule de prospective mise en place par Jacques Delors à la Commission Européenne, et enfin auteur et conférencier. Son livre Surgissement d’un nouveau monde (L’Harmattan) explique que la rationalité moderne, l’approche patriarcale et le capitalisme industriel ne sont plus capables de répondre ni au problème de notre survie, ni aux problèmes sociaux et démographiques. Le changement de civilisation qui en découle touche aux aspects les plus profonds de nos vies (relation homme-femme, le sacré, le statut de la raison et de la science, la conscience du temps, de l’espace, du bonheur, etc.). Lors du forum « La transformation sociale et économique de notre société », qu’il a co-organisé avec les éditions Ariane à Toulouse en mai 2014, il a également présenté le travail d’un visionnaire de la Silicon Valley, Willis Harman, disparu en 1998. Pour ce dernier, le moteur du changement est la conscience et nous sommes passés à la fin du siècle dernier d’une métaphysique M1 (matérialiste machiniste : le cerveau est une machine qui produit la conscience) à une métaphysique M2 (dualiste : l’univers a deux bases constitutives, la matière-énergie et la conscience), et nous entrons rapidement en ce début de XXIe  siècle dans une métaphysique M3 (la conscience est première et fait advenir la matière). La modernité occidentale est la première civilisation matérialiste à avoir affirmé qu’il n’y a rien après la mort, donnant ainsi naissance à une civilisation de l’angoisse de la mort. « Dans bien d’autres civilisations, la mort n’est qu’un passage, explique Marc Luyckx Ghisi, et nous sommes en train de redécouvrir que nous ne sommes pas des corps qui ont une âme mais des âmes qui se sont incarnées dans un corps, comme le disait Teilhard de Chardin dès les années 1950. »

Interview

On parle beaucoup de changement de paradigme, mais la France n’a-t-elle pas plus de difficultés que d’autres pays à puiser dans des ressources spirituelles, du fait de son histoire intellectuelle ? Continuer la lecture de Marc Luyckx Ghisi: le changement de paradigme

La Prochaine Foi – Pour en finir avec les croyances

En guise d’introduction, je vous propose cet article que j’ai écrit en 2009 pour la Revue Française de Parapsychologie, mais qui n’a jamais été publié. Je pense qu’il reste d’actualité, même si je fais référence à l’ancien pape.

Notre monde moderne voit se multiplier les crises, nées d’une absence cruciale d’éthique dans les relations des hommes entre eux et avec la nature. Les religions ne sont pas la solution. Figées dans leurs dogmes, elles sont au contraire une grande part du problème. Seul un progrès majeur dans la connaissance et la compréhension de la nature humaine peut faire émerger l’éthique universelle dont nous avons besoin. Les recherches en sciences psychiques, en physique et en neurosciences sont porteuses de ce progrès. Elles peuvent révéler une nature spirituelle de l’homme qui ne devra rien aux croyances, mais tout au savoir. 

Selon le pape Benoît XVI, le vrai progrès humain est celui « de la conscience morale », et les ennemis désignés sont le relativisme moral, le subjectivisme et le matérialisme scientifique. Continuer la lecture de La Prochaine Foi – Pour en finir avec les croyances